Number One [critique]

. 22.6.09
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Pour son nouveau long métrage la réalisatrice Zakia Tahiri bénéficie d'une sortie originale. 
Alors que la sortie nationale est prévue le 23.09.2009 quelques cinémas situés à proximité du pourtour méditerranéen ont la chance de le diffuser en avant première. 

Autant vous le dire, c'est un peu par hasard que je suis rentré voir ce film, dont je n'avais absolument pas entendu parler.  
Et je ne le regrette pas puisqu'il m'a rendu le sourire un jour où ce n'était pourtant pas évident... 


Number One c'est l'histoire d'Aziz ; un prototype de petit chef. 
En tant que directeur d'une usine de confection Aziz est terrorisé par son patron dont les appels téléphoniques incessants lui rappellent constamment la nécessité d'augmenter la productivité.
Alors forcément il se venge, sur ces ouvrières qui ne travaillent "que" 88 heures par semaine et trouvent encore le temps de se plaindre, puis sur son épouse qu'il  traite comme une servante. 
C'est l'arrivée d'une importante cliente française qui va tout changer.
Cette représentante d'une importante société, (incarnée par la trop rare Chantal Ladesous) féministe à la fois tendre et autoritaire souhaite absolument  diner avec Aziz et son épouse. 
Celle-ci va donc troquer donc le voile et le balai contre une belle robe courte et le charme d'un restaurant chic, le temps d'un diner.
Toute à son bonheur elle décide dès le lendemain de faire appel à un sorcier et change son mari en un tendre tendre féministe.


A mi chemin entre comédie et conte Number One emploie des recettes vraiment originales à l'appui d'un film dont le propos féministe est aussi une vraie déclaration d'amour au Maroc et à ses habitants. 
Métaphore sur le changement social qui perce actuellement dans ce pays depuis l'adoption de la "Moudawana", ce droit de la Famille révisé qui accorde de nouveaux droits aux femmes, le film manie l'argument social avec un entrain particulièrement réjouissant. 

Car, et c'est la principale qualité du film, on rit beaucoup devant le portrait de ces hommes tous à tour séduits et déboussolés par ces femmes en quête d'émancipation.

Number One n'a assurément pas le profil type du "Blockbuster" c'est vrai. 
Mais si vous avez déjà la chance de pouvoir le voir près de chez vous n'hésitez surtout pas. 
En ce qui me concerne il s'agit d'un authentique coup de cœur.

Toi aussi travaille gratuitement

. 17.6.09
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Lu à l'instant dans le Monde :
British Airways, qui a fait état le mois dernier d'une perte annuelle record, a annoncé mardi avoir demandé à ses salariés de travailler gratuitement. La compagnie aérienne bataille pour sa "survie" dans des conditions de marché difficiles. Cet appel aux employés de la compagnie en Grande-Bretagne leur demande de se porter volontaires pour une période allant d'une semaine à un mois de congé sans solde ou de travail non payé. [source]
Cette brève, qui est aussi un signe des temps m'inspire tout à la fois une observation et une réflexion. 

Tout d'abord j'observe qu'il ne s'agit pas d'une première.
D'autres sociétés déjà avaient proposé, voire même imposé à leurs salariés de renoncer à des droits acquis au nom de l'intérêt supérieur de l'entreprise. 

En décembre 2007 par exemple, Continental avait fait voter, puis adopter une motion par ses salariés afin d'augmenter la productivité des ses usines :
Oui au passage aux 40 heures. Les trois quarts des 1 300 salariés de l’usine de pneumatiques Continental à Sarreguemines (Moselle) se sont prononcés en faveur d’une augmentation du temps de travail, accompagnée d’une revalorisation de leur rémunération. Un plébiscite que François Gérard, le directeur de l’usine, explique par la volonté des salariés « de préserver un bon emploi et un salaire attractif » (en moyenne 30 000 euros bruts par an pour un ouvrier, avec un intéressement équivalent à 0,6 à 0,8 mois de salaire). [source]
Continental.
Oui cette même société qui, après avoir fait repasser son usine de Clairoix aux 39 heures, projette à présent de la fermer dans la cacophonie que l'on sait...


Ce qui choque bien sûr c'est le sacrifice demandé au salarié sans qu'aucune contrepartie ne lui soit offerte. 

Le marché qui lui est proposé par l'entreprise en échange d'une renonciation à ses droits est nécessairement aléatoire puisque l'entreprise ne peut par hypothèse l'assurer de sa situation financière future.

Qu'il s'agisse demander au salarié d'augmenter sa charge de travail ou de renoncer à tout ou partie de sa rémunération il s'agit toujours d'un pari sur le futur de la société. 
En d'autres terme, s'il accepte le salarié investit dans sa propre société, dans l'espoir d'un retour sur investissement qui est la sauvegarde de son emploi. 

La voilà ma réflexion.
Il me semble, humblement, discerner dans ce phénomène un mélange des genres malsain à l'occasion duquel un salarié se voit proposer d'assumer le rôle qui est par nature celui de l'associé (qu'il soit ou non un actionnaire).

La différence entre eux n'est pas mince pourtant ;
  • puisque le premier,  outre sa situation de dépendance économique par rapport à son employeur, est avant tout  lié à celui-ci par un lien de subordination  (c'est la définition même du contrat de travail).
  • là où l'associé dispose d'un pouvoir de contrôle sur la société à hauteur du nombre de ses parts
Si l'on considère légitime qu'un chef d'entreprise aussi bien que les associés d'une société bénéficient de rémunérations importantes pour la simple raison qu'ils prennent le risque  d'investir dans celle-ci, il me parait tout aussi légitime de récompenser les salariés qui choisissent d'assumer leur part dans cette prise de risque, et -pourquoi pas- de les associer à la prise de décisions.

Voilà qui permettrait de sortir de cette impression vivace et pas forcément fausse que dans certaines entreprises les salariés servent de simple variable d'ajustement à des fins comptables. 

Vous me trouve utopiste ? 
Peut être... 
Pas encore totalement cynique en tous cas.

Essouflé

. 15.6.09
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Je cours, il est 8h50 et je cours. 
Des taches fraiches commencent à se former les long de ma nuque alors que je gravis les escaliers.
Lorsqu'enfin je pénètre dans la gare le dos de ma chemise a déjà pris une couleur sombre qui chasse les bienfaits de cette douche que j'ai prise voici une demi-heure. 



Si j'avais le temps de m'arrêter je trouverais probablement que la situation à un goût d'ironie, puisque c'est précisément le trop de temps passé sous l'eau brulante qui est la cause de mon retard. 


 [photo]


Alors je cours. 
Et je traverse le hall sans ralentir, sans un regard au panneau central qui annonce les départs, avant de m'engouffrer dans un nouvel escalier.
Celui-ci descend, et c'est encore emporté par mon élan que je m'élance dans un couloir inhabituelle ment vide pour enfin freiner lorsque mon regard accroche l'écran qui surplombe un ultime escalier. 

Je reconnais plus que je ne lis le terme supprimé là un figure habituellement la lettre E qui distingue ce quai d'où mon train part chaque matin depuis plus de deux ans. 
Une ligne en dessous figure une mention qui précise que celui-ci est remplacé par un car.  

Je cours.
Dans l'autre sens cette fois, mais je cours. 
Et je remonte le long de l'escalator, sans ralentir, le souffle court pour traverser une nouvelle fois le hall, sans plus d'égards que la première fois pour les éléments qui m'entourent. 

C'est seulement à ce moment que je les vois.
Il sont une soixantaine, à la file le long du trottoir adossés aux barrières ou assis sur leur imposant sac de voyage.
Leur passivité contraste avec mon air essoufflé d'une manière si vive qu'elle m'en arrache un éclat de rire. 


Mon train ne partira pas encore aujourd'hui
Quant au bus, il lui faudra dix minutes de plus pour arriver. 

J'aurais du rester quelques instants de plus sous la douche. 
Et dire que je me croyais en retard...


Une grève des contrôleurs et d'une partie des conducteurs de la SNCF aura lieu à partir de dimanche 20H00 et pour une durée de 24 heures, occasionnant des perturbations dans le trafic régional, a-t-on appris de sources concordantes."Prétextant la crise, la direction SNCF de Montpellier réalise ses économies essentiellement sur l'emploi, entraînant des situations catastrophiques où de plus en plus de TER circulent sans contrôleur et régulièrement les TGV et les trains Grandes lignes sont sous-équipés en personnel et ce, au détriment de la sécurité des usagers", estime la CGT, dans un communiqué.
"Cette situation crée des incohérences et les réponses de la direction sont très insuffisantes", a ajouté Sébastien Mourgues, secrétaire général des cheminots CGT de Montpellier, précisant que le préavis de grève était de 24 heures, reconductible.
"La circulation des trains sera perturbée (...) pour une durée illimitée", a de son côté affirmé la direction régionale de la SNCF, affirmant que 50% du trafic TER serait assuré, essentiellement grâce à des cars de substitution. [source]
Cette fois, il me semble bien que les grévistes méritent mes remerciements...
Quoique, je vais peut être attendre ce soir.

Looking for Eric [critique]

.
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Depuis quelques jours Dulcinée monopolise l'ordinateur pour raison professionnelle et me tient loin de vous (au point d'avoir totalement passé sous silence la promulgation de la loi Création et Internet). 
Alors ce week-end j'en ai profité pour rattrapper une partie du retard que j'avais accumulé coté cinéma. 
Et pour tout vous dire, je ne regrette rien parce que j'ai vraiment passé de bons moments.
Le plus marquant d'entre eux est probablement le très commenté long métrage de Ken Loach, "Looking for Eric".

En bon cinéphile, j'avais un double à priori positif sur ce film.
Parce que Ken Loach bien sûr, et parce que Cantona ; sans rire.

Mine de rien, l'ancien footballer peut se vanter d'avoir une filmographie irrégulière mais de belle facture pour être apparu dans les Enfants du Marais, Le Bonheur est dans le Pré et aussi pour son interprétation sympathique dans l'Outremangeur, l'adaptation de la génialissime bande déssinée de Bénacquista et Ferrandez. 

L'argument (*): 
"Looking for Eric", c'est l'histoire d'Eric Bishop un postier dépressif qui néglige son travail, laisse ses enfants tourner mal et pense de plus en plus au suicide. 
Heureusement, Eric n'est pas seul. Ses amis postiers d'un coté et sa fille de l'autre veillent sur lui et sont bien décidés à ne pas le laisser s'enfoncer plus avant.
Leurs efforts semblent mal partis puisqu'Eric reste dans sa chambre à picoler face au poster grandeur nature de son idole ; Eric Cantona. 
Mais un jour l'idole lui répond, avac l'aide de Cantona, Eric se sent enfin prêt à remonter la pente.


Le talent de Ken Loach réside dans ces portraits qui à eux seuls embrassent un phénomène social.
Cette fois, il choisit de parler des quartiers populaires de Manchester et de ceux qui y vivent avec son talent habituel.

Le procédé qui consiste à confronter un dépressif à son idole peut sembler usé, mais la subtilité avec laquelle il est cette fois employé réussit à la perfection.
Car Cantona se fait rare à l'image, de sorte que chacune de ses apparittions est un authentique spectacle. L'ancien Footballer est ici impeccable dans la caricature de lui même. Enchainant les aphorismes et les proverbes usés avec une assurance inoxydable il forme un contrepoint efficace au personnage d'Eric Bishop. 

Le procédé réussit doublement  puisqu'il préserve Cantona du ridicule dans lequel il aurait facilement pu tomber autant qu'il met en valeur la performance de Steve Evets, l'autre Eric absolument stupéfiant d'un bout à l'autre du film. 
Voilà un authentique moment de cinéma, subtil, humain dont les accents scénaristiques rappellent parfois le récent Gran Torino. 
Vous aussi éteignez votre ordinateur et allez-y, tout de suite (oui c'est un ordre).

(*)Oui, "l'argument", parce que "Pitch" c'est vraiment laid... 

Où je découvre la publicité vivante [en retard]

. 9.6.09
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Parfois j'ai vraiment l'impression de débarquer.
Ce matin par exemple alors que la café coulait je me suis retrouvé un peu par hasard à lire un article intitulé "comment gagner de l'argent sans travailler" sur le portail MSN 


L'article évoquait notamment la possibilité d'être rémunéré pour porter un tatouage à l'effigie de telle ou telle marque et renvoyait vers le site TatAd qui propose ce genre de prestation.
Trois secondes de recherche plus tard je découvre que cette société existe depuis 2004, de sorte que de nombreux articles en font d'ores et déjà mention.


Environ trois secondes plus tard  je pensais déjà à autre chose lorsque j'ai appris la chose suivante chez Korben : 
Le site MyMMOShop qui propose de vendre de l’or [...] dans le jeu WoW gagne tellement bien sa vie qu'il a payé Anna Morgan, une actrice porno russe pour se faire tatouer le logo de la société et l’adresse du site web, sur ses seins. [source]
J'ai tout d'abord pensé que j'avais quelques trains de retard sur ce coup là. 
Et aussi que cette manie de commercialiser les tatouages est décidément étrange. 
 

C'est à cet instant que la déformation professionnelle m'a rattrapé sous la forme d'une question simple ;  "est-ce bien licite tout ca ?".

Mes cours de fac ne sont pas loin, alors j'ai immédiatement pensé à ce jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris le 3.06.1969 dont les étudiants en droit des obligations se souviennent probablement.  
Un monsieur "X" avait engagé une demoiselle Z.  âgée de 17 ans, pour tenir le role d'une jeune fille tatouée dans une séquence du film "Paris Secret".
Pour l'anecdote, il s'agissait clairement d'un film "pour adultes"...
Aux termes du contrat, une tour Eiffel et une rose devaient être tatouées sur une des fesses de la demoiselle Z, le tatouage devant être enlevé quinze jours plus tard par un chirurgien et devenir la propriété de la société Ulysse Production.

Rassurez-vous ; il y a une justice ; quelques années plus tard les méchants producteurs ont été condamnés à indemniser cette demoiselle Z dont on peine à imaginer les souffrances. (Cass. civ. 1° ; 23.02.1972)
Mais avant cela le TGI avait purement et simplement annulé le contrat dans son jugement du 3.06.1969 rendu sur le fondement de l'article 1128 du code civil, celui là même qui fonde par ailleurs la prohibition du contrat de "mère porteuse" et selon lequel :

Il n'y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l'objet des conventions. [source]
Bien que l'exemple du "tatouage publicitaire" n'implique pas que celui-ci soit prélevé j'ai donc tendance, à priori, à considérer qu'un tel contrat serait nul s'il était conclu en France pour la simple raison que le corps humain n'est pas, en principe, "dans la commerce juridique"

Voilà pour les considérations juridiques. 
Mais indépendamment de cela je ne peux m'empêcher de m'interroger quant à l'efficacité de ce type de publicité. 

La question dépasse largement ma compétence : je concède ma plus parfaite ignorance en matière de marketing. 
Mais je ne crois pas qu'un tatouage, même habilement placé, puisse véhiculer une bonne image de la marque concernée dès lors qu'il constitue ostensiblement une utilisation commerciale du corps humain. 

 [photo]

Réflexion faite, Je connais certains Geeks qui accepteraient volontiers de se faire payer pour un pareil tatouage...